La langue est un palimpseste. C’est la devise implicite du beau livre de Sofia Dima, qui marque une nouveauté dans le contexte linguistique ignorant depuis belle lurette l’histoire. N’oublions pas que l’acte de naissance de la linguistique scientifique fut l’histoire comparée des langues, dans la première moitié de l’avant-dernier siècle, à l’époque où l’histoire était la science pilote comme l’a admirablement montré Michel Foucault dans Les mots et les choses. Vers la fin, à la belle époque, les néogrammairiens ont porté au comble les recherches d’histoire des langues, poussées jusqu’aux plus petits détails, comme le voulait le positivisme dominant partout. Sofia Dima en donne une idée quand elle fait démarrer son étude par la présentation de l’indo-européen.
Le paradoxe fait qu’un jeune surdoué, qui a passé sa thèse en Sorbonne justement sur une fort difficile question de l’indo-européanisme ait massacré sa première démarche. C’est Ferdinand de Saussure. Il a proclamé la priorité de la synchronie, débarrassée des attaches externes, sociales et autres. Ses principes élaborés dans une autre épistémè, celle qui aboutira au structuralisme, ont eu le dessus. Aussi a-t-on commencé à oublier l’histoire des langues.
La linguistique a pris sa revanche et après la guerre elle est devenue à son tour une science pilote, d’abord au Quartier Latin et puis un peu partout dans le monde. Mais c’était toujours de la synchronie qui méprisait l’histoire et ses déterminations dites externes.
Sofia Dima




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